Venus de 45 pays, quelque 160 parlementaires se sont réunis à Rome, à la mi-novembre, à l’invitation de l’UIP et du Parlement italien, pour apporter leur contribution au Sommet mondial sur la sécurité alimentaire. Cette réunion avait pour thème « Les parlements se préoccupent de l’agriculture, de la faim et de l’insécurité alimentaire en temps de crise mondiale ».
 |
L’insécurité alimentaire s’est accrue ces dernières années, donnant lieu à des émeutes dans différentes villes de par le monde. Aussi est-il indispensable de traiter d’urgence ce problème pour préserver la stabilité et la paix sociales. Le problème étant lié aux politiques agricoles, c’est par là qu’il faut commencer. Le 21ème siècle a vu de nombreux progrès technologiques et scientifiques. Pourtant, certains de nos congénères ne jouissent toujours pas des droits les plus fondamentaux de la personne humaine, notamment du droit à l’alimentation. De surcroît, en période de crise - avec la crise financière et la crise environnementale résultant des changements climatiques - d’autres problèmes se surajoutent à l’insécurité alimentaire.
Le Président de l’UIP, Theo-Ben Gurirab a déclaré : « Vous vous souvenez sans doute des émeutes qui ont éclaté dans plusieurs villes en 2007 et 2008 suite à la montée en flèche des prix de l’alimentation. Plongés dans le désespoir, les citoyens sont descendus dans la rue pour exiger de nous, leurs responsables politiques, une solution au problème. Mais nous savons combien il est difficile, pour ne pas dire impossible, pour un pays, voire un continent, d’assurer seul la sécurité alimentaire. Il y a dans le monde des millions de parents qui se demandent comment ils vont faire pour nourrir leur famille dans les prochains jours, dormant le ventre vide pour que leurs enfants survivent ».
Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, a conduit un débat particulièrement riche avec les parlementaires, à qui il a demandé instamment de participer activement au combat pour la sécurité alimentaire. Cecilia Rocha, Directrice du Centre d’études sur la sécurité alimentaire de l’Université Ryerson au Canada, a fait état des mesures prises par le Brésil pour combattre la faim. La volonté politique forte des intervenants, l’implication de la société civile, la formule globale qui a été retenue et l’appui indéfectible du Parlement brésilien sont autant d’éléments qui ont contribué à de réels progrès et à des résultats mesurables.
Les participants ont insisté sur le fait que la crise alimentaire n’était pas finie. Ils sont convenus qu’il fallait remédier à un certain nombre de problèmes, la question n’étant pas uniquement celle de la production alimentaire, mais tenant aussi aux systèmes de distribution, du petit producteur au marché, au volume des denrées disponibles, à la qualité et à la variété nutritionnelle, aux inégalités sociales et à la pauvreté, à la marginalisation des femmes et aux inégalités entre hommes et femmes, à l’insécurité et aux conflits, au manque d’efficacité des programmes et à la corruption. Face à ces difficultés, les parlementaires ont défini une série de recommandations claires, et décidé de se saisir du problème et d’adopter des cadres législatifs et des stratégies nationales qui protègent le droit à l’alimentation. L’émancipation des femmes étant un élément clé de ces efforts, il a été convenu que les parlements adopteraient des lois sociales sur l’accès des femmes à la terre, au crédit et aux marchés. Les parlementaires ont aussi décidé de donner au développement de l’agriculture la place qu’il mérite dans le budget, d’examiner les politiques agricoles en vigueur dans la perspective des changements climatiques et de promouvoir les politiques et méthodes les moins nocives pour le climat, de superviser les programmes de mise en œuvre pour s’assurer qu’ils répondent bien aux besoins des plus vulnérables et de contrôler l’effet des accords commerciaux sur le droit à l’alimentation.
Malgré les défis immenses auxquels le monde doit faire face en matière de sécurité alimentaire, les parlementaires sont repartis avec la conviction qu’en travaillant ensemble, ils peuvent contribuer à la solution.